Le congé proche aidant : un dispositif qui doit encore évoluer

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Depuis juillet 2022, le congé de proche aidant a été élargi à un plus grand nombre de bénéficiaires qui peuvent ainsi s’arrêter de travailler pendant plusieurs mois pour s’occuper d’un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Mais le dispositif reste encore trop restrictif, estiment des représentants des aidants, en excluant notamment les personnes accompagnant un proche malade.

Deux aidants sur trois (62%) exercent une activité professionnelle. Concilier travail et aidance reste donc une question centrale pour la majorité des aidants. D’où la pertinence du « congé proche aidant », dispositif permettant de suspendre son activité professionnelle ponctuellement, tout en percevant une allocation journalière. Ceci pour une durée de 3 mois, renouvelable dans la limite d’un an.

Bien que présentant des atouts évidents, le congé proche aidant reste encore sous-utilisé, avec seulement 16 000 demandes pour en bénéficier en 2021. Pour le rendre plus attractif, un élargissement de son accès a été mis en place en juillet dernier. Parmi les évolutions : une simplification des démarches, la prise en compte d’un plus large niveau de perte d’autonomie pour le proche aidé (jusqu’à GIR 4 contre GIR 3 auparavant*). Les conjoints de collaborateurs aidants peuvent également dorénavant bénéficier du dispositif.

Encore trop des restrictions

« Ce sont des avancées notables. Mais elles restent insuffisantes », estime Pascal Jannot, Président fondateur de La Maison des Aidants® Association Nationale. Depuis 2008, cette structure propose des ateliers, des formations ainsi que des guides et autres ressources à destination des aidants et des professionnels de l’aide.

Première limite : les aidants accompagnant une personne malade ne sont pas bénéficiaires. Le dispositif reste réservé aux personnes soutenant un proche en perte d’autonomie ou en situation de handicap. « Si vous aidez un proche atteint par exemple d’un cancer, vous ne pouvez pas bénéficier du congé proche aidant», déplore Pascal Jannot. Autre problématique : l’accès au dispositif requiert que la personne aidée soit bénéficiaire de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), ou pâtisse d’un handicap égale ou supérieur à 80% relève le Président de La Maison des Aidants. Enfin, 12 mois de congé sur l’ensemble d’une carrière professionnelle reste une durée relativement courte. « Plutôt qu’un simple capital de jours, il faudrait prendre en compte le nombre de proches aidés, en doublant par exemple la durée du congé pour ceux devant s’occuper de deux parents ».

« Aidant » : un terme encore trop méconnu

Cette évolution « technique » du dispositif ne résout pas un problème pourtant central : la majorité des aidants ne savent pas qu’ils le sont, et ne cherchent donc pas à bénéficier des aides auxquelles ils ont droit. « Chaque année, environ 400 personnes nous appellent pour prendre des renseignements. Ils découvrent avec nous qu’ils sont des aidants et qu’ils pourraient bénéficier du congé de proche aidant », indique Pascal Jannot. « Il est nécessaire que tous les acteurs concernés, des pouvoirs publics à la médecine du travail, en passant par l’éducation nationale, communique davantage sur le rôle des aidants. C’est d’abord en donnant plus de visibilité aux aidants que des dispositifs comme le congé proche aidant sera plus largement utilisé », conclut-il.       

* Le GIR (groupe iso-ressources) représente un niveau de perte d’autonomie. Le GIR 1 est le niveau de perte d’autonomie le plus fort et le GIR 6 le plus faible.

Christophe Guillemin – lemonde.fr

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