10% d’utilisation serait la preuve de réussite ?

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Le groupe Ceridian, un acteur mondial de conseil en gestion de ressources humaines, a publié les résultats de son enquête menée en 2015 auprès de salariés-aidants américains.
Les conclusions que Céridian tire de son enquête : il est temps que les entreprises [américaines] aient une claire conscience des enjeux liés aux salariés-aidants, il est temps que les entreprises expliquent à leurs salariés les challenges et risques liés au fait d’être aidant, il est temps que les entreprises délèguent à leurs managers directs toute latitude pour organiser et décider les aménagements adaptés du poste de travail d’un salarié-aidant de son équipe, ainsi qu’indiquer au salarié-aidant les aides et services disponibles.

Un tableau m’a particulièrement frappé dans la publication des résultats: le faible pourcentage d’entreprises américaines proposant des aides et soutiens aux alariés-aidants, et parmi les salariés-aidants qui savent que ces services ou soutiens sont proposés dans leur entreprise, le faible pourcentage de ceux qui disent en avoir déjà utilisé un ou plusieurs. 1 salarié-aidant utilisateur sur 10 n’est pas un « score » qui parait élevé. Et pourtant, si ce « score » était la preuve de la réussite ?
Beaucoup de raisons peuvent expliquer un taux d’utilisation faible en apparence, et je retiendrai volontiers les quatre explications suivantes :
le parcours des aidants n’est pas linéaire, il faut donc que simultanément l’aidant soit en situation immédiate de recherche d’aides ou de soutien, et que l’entreprise rappelle ses aides et services mis à disposition ;

. le soutien ou l’aide proposés ne sont pas considérés comme crédibles ou utiles par les salarié-aidants ;
. la défiance du salarié à se faire connaitre pour utiliser le programme ou l’aide proposés ;
. l’accessibilité effective pour les salariés-aidants des programmes et aides proposés.

Un score d’utilisation qui serait preuve de réussite ?
Si on compose ces quatre raisons entre elles, un score d’utilisation de 10% parmi les salariés-aidants parait en définitive une réussite !

Une étude de ce type dans les entreprises françaises n’existe pas encore, ou je n’ai vu aucun résultat publié. Il est dommage d’ailleurs que les quelques entreprises françaises qui mettent à disposition des services et aides à leurs salariés-aidants ne soient pas motivées à en publier les taux d’utilisation. Pour l’expérience, très limitée je le reconnais, que j’en ai, aucune entreprise avec qui je suis en relation ne publie les taux d’utilisation. La principale raison qui m’a été donné est la politique de « confidentialité » adoptée par l’entreprise pour  libérer les salariés de toute crainte d’utilisation négative à leur encontre.
Oui, dommage, car je pense au contraire que la mise en avant par les entreprises des taux d’utilisation des différentes aides et services, la mise en avant des taux de satisfaction liés, seraient un bon argument pour la confiance des salariés-aidants, et la possibilité d’améliorer de proche en proche les services ou aides mis à disposition.
Peut-être verrons-nous en France une enquête de ce type, et que les conclusions qui en seront alors tirées rejoindront exactement celles exposées plus haut par Ceridian :

. il est temps que les entreprises [françaises]aient une claire vision du phénomène des salariés-aidants ;
. il est important que les entreprises expliquent à leurs salariés-aidants les risques et challenges d’être aidants, les aides et soutiens proposés par l’entreprise, ou ceux qu’ils peuvent trouver à l’extérieur ;
. il est important que les entreprises sensibilisent le management aux besoins des salariés-aidants, et que le management sache de manière sûre la marge de manœuvre qu’il possède pour trouver avec le salarié-aidant une solution aussi adaptée que possible à la fois pour le l’équipe et pour le salarié.

Robert Salaison

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3 commentaires

  1. Bonjour Robert, est ce que vous savez pourquoi ce même type d’enquêtes n’existent pas en France ? Je suis convaincue que si le management est sensibilisé comme vous dites (je pense même formé, ce ne serait pas du luxe), cela peut alléger l’ambiance dans les équipes et l’entreprise.

    • Non Lidia, je ne sais pas quelle raison explique que de telles enquêtes en France ne sont pas publiées, voire faites. Je vous rejoins complètement sur l’importance de la sensibilisation, et même la formation, du management direct. Pour les directeurs de ressources humaines avec qui j’ai la chance d’échanger, mais qui sont dans des entreprises importantes, plus de 1000 salariés, ils m’assurent toujours vouloir faire quelque chose, mais ils sont dans des délais et des procédures toujours longs, longs.

  2. Voici un texte écrit à trois, et qui propose une approche pour les TPE et les PME afin de répondre au mieux aux besoins de leurs salariés-aidants. Nous sommes intéressés à vos remarques et suggestions!

    TPE, PME, Salariés-aidants

    A défaut de publications françaises sur les utilisations de services et de soutiens proposés par les entreprises à leurs salariés-aidants, une étude américaine (1) récente montre que le taux d’utilisation par les salariés-aidants américains est rarement supérieur à 10%. Cette même étude montre également que pas plus d’une entreprise américaine sur 10 non plus offre à ses salariés-aidants de l’information ou des services qui leur soient spécifiquement dédiés.
    En conclusion de cette étude, le commanditaire de cette étude – un grand acteur du conseil en ressources humaines- préconise trois grandes actions aux entreprises américaines :
    a) prendre conscience du phénomène des salariés-aidants ;
    b) sensibiliser les salariés-aidants sur le parcours d’aidant et ses difficultés ;
    c) former le management sur les difficultés du parcours d’aidant et lui donner une grande autonomie dans les moyens d’aider le salarié-aidant.
    Un taux d’utilisation de 10% des aides et services proposés par l’entreprise est déjà un bon score !
    A priori un taux d’utilisation de 10% peut paraitre faible, mais plusieurs facteurs peuvent se conjuguer pour « décourager » un salarié-aidant à utiliser les aides ou services que son entreprise lui mettrait à disposition ou qu’il n’y pense pas du tout:
    . les relations entre le salariés-aidant et son responsable direct. Dans 50% des cas, le salarié-aidant ne parle pas à son responsable direct de ses difficultés d’aidant, de peur d’effets négatifs à son encontre
    . la pertinence ou la qualité des services et soutiens proposés
    . l’accessibilité réelle de ces services et soutiens pour le salarié-aidant, au vu de son poste de travail et de ses autres obligations familiales
    . l’information interne de l’entreprise sur les services et soutiens à disposition qui fait que lorsqu’un salarié-aidant est confronté à une difficulté particulière, il sait que sa propre entreprise propose quelque chose.
    Mutualiser pour les TPE et les PME la mise à disposition d’informations et de services
    Plus de 50% des salariés travaillent dans des PTE et des PME.
    C’est dans les TPE et dans les PME que les rapports entre les salariés et leur responsable direct sont les meilleurs.
    En revanche, il est difficile pour une TPE ou une PME de rester en permanence au courant de ce qui concerne les aidants et de pouvoir initier tel ou tel service qui serait une véritable aide ou soutien pour l’un de ses salariés-aidants.
    D’où l’idée de mutualiser ces informations et ces mises en place de services, les TPE et PME intéressées pouvant acheter à un prix réduit, et forcément moins cher que si elles devaient le mettre en place seules, un ensemble d’informations à jour, de liens utiles et de services à la demande pour ses salariés-aidants.
    Qui fournirait l’information ou les services ?
    Les associations d’aidants, différentes associations de patients, des sites dédiés aux aidants et personnes âgées ou malades suivent déjà les actualités relatives aux salariés-aidants. Ce service de suivi au jour le jour, ou à tous le moins régulier, se prête à sa reproduction dans les entreprises, et en particulier aux TPE et PME. Différentes sociétés de services proposent des soutiens et services aux aidants, voire spécifiquement aux salariés-aidants, et leur offre se prête à sa diffusion dans les entreprises, là encore en particulier aux TPE et PME.
    Qui assurerait la mutualisation et la diffusion ?
    Cette mutualisation est réalisable à travers l’assurance ou l’assistance. Les assureurs et mutuelles sont rompues au calcul des probabilités, et ces mêmes assureurs et mutuelles ont une vaste clientèle d’entreprises, et naturellement les TPE et les PME. La montée des contrats collectifs de complémentaire santé souhaité par le gouvernement dans le cadre de l’ANI se prête à cette démarche de mutualisation et répond au challenge de la diffusion au coût marginal.

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