En cas de dépressurisation de la cabine, les masques à oxygène tomberont automatiquement…

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«En cas de dépressurisation de la cabine, les masques à oxygène tomberont automatiquement à votre portée. Tirez le masque vers vous pour libérer l’oxygène. Maintenez-le fermement sur votre visage, en plaçant la bande élastique derrière votre tête et respirez normalement. Si vous voyagez avec un enfant ou une personne ayant besoin d’assistance, mettez votre masque en premier puis aidez l’autre personne à ajuster le sien».

Tous les voyageurs ayant pris l’avion connaissent cette phrase. Quand je l’applique à nous les aidants, ceux qui prennent soin d’un proche, je suis frappée par le nombre de « conseils » qui me disent que je dois prendre d’abord soin de moi avant de prendre soin de la personne que j’aide. Oui, bien sûr !

Sauf que le réflexe n’est pas celui-là quand on aime son proche et qu’on fait tout pour lui. Et puis, comment je fais, moi aidante, pour prendre soin de moi ? Quand ?

Et si je dois prendre soin de moi sur le plan de mes finances, je fais comment quand du fait de la maladie ou du handicap de mon conjoint, ou de mon enfant, ou d’un parent, je dois ponctionner mon épargne ?

Quand je dois passer à temps partiel, parce qu’il n’y a pas d’autre solutions pour prendre soin de mon proche, il est où mon masque à oxygène ?

Quand je dois payer le reste à charge de mon proche, il est où mon masque à oxygène ? (et le sien d’ailleurs !).

Oui, il y a plusieurs points où rien n’est comparable : D’abord et c’est le plus important, en cas de « dépressurisation », l’aidant ne voit tomber « automatiquement » aucun masque à oxygène devant lui.

C’est tout le contraire : personne n’est là pour surveiller si nous sommes en état de « dépressurisation », personne ne nous propose automatiquement de l’oxygène. Je suis en état dépressif ? Personne ne me le dit et me propose de m’aider pour que j’en sorte !

Je suis dans les pires conditions financières ? Personne ne me demande si je le suis et n’est à même non plus d’ailleurs de me proposer une réelle solution ! Je n’en peux plus entre les obligations de mon boulot et les aides que me demande mon proche ? Personne pour me conseiller sur le comment faire, comment concilier ces deux obligations aussi importantes pour moi l’une que l’autre, sauf qu’elles sont exclusives parce qu’aucun aidant n’a le don d’ubiquité….

Pourtant, le médecin traitant du proche que nous aidons, les associations d’aides à domicile, la MDPH, le conseil général, tous ces intervenants pourraient aisément voir ou prévoir le moment de ma « dépressurisation ». Sauf que c’est encore et toujours à moi, l’aidante, de faire la demande du masque à oxygène. Rien d’automatique. Quand on me dit que les aides de la MDPH sont là, quand on me dit que l’APA est là, combien de fois ces « aides » sont suffisantes ?

Je sais bien qu’il y a des familles qui ont eu une aide financière qu’elles jugent adaptées et bien évaluées, mais combien de familles peuvent témoigner aussi du contraire ? Le reste à charge des familles est bien réel, non ? Et il augmente d’année en année, non ?

Et comme le temps des aidants n’est pas rémunéré ni d’ailleurs officiellement reconnu – le sociologue Serge Guérin estimait à 164 milliards la valeur chaque année des heures passées par les aidants auprès de leur proche – ce qui se passe réellement pour nous aidants passe inaperçu….

 Alors non seulement, le masque à oxygène de l’aide financière ne tombe absolument pas « automatiquement », mais pas plus le masque à oxygène des aides à domicile, ni celui du maintien de ma santé tant physique que mentale, ni celui de la nécessaire conciliation travail et aide à un proche.

Et quand NOUS faisons le parcours pour demander un ou plusieurs de ces masques à oxygène, et que l’un de ces masques à oxygène nous est mis à disposition, le filet d’oxygène est tellement faible parfois qu’on se dit que ce n’est pas possible, qu’on ne pourra pas respirer.

… Alors c’est la panique totale qui nous gagne en réalisant qu’il n’y a pas de solution apportée.

Respectauxaidants

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10 commentaires

  1. Bravo pour ce texte percutant!!!

    Bien sûr quand on est aidant rien n’est automatique et on épuise nos dernières ressources en oxygène à décrocher ce fameux ballon d’air.
    Et le monde médico-social qui vous berce d’illusions "ne vous inquiétez pas, des aides sont prévues" sauf que personne ne nous prévient ni des délais qui sont anormalement longs ni de la faiblesse de ces aides. Et lorsque vous osez vous plaindre on vous culpabilise, parce que le handicap ou la dépendance coûtent cher, que c’est déjà bien qu’on vous aide etc… et là c’est l’asphyxie assurée!!! Parce qu’en plus de votre fatigue, de votre manque d’oxygène, en plus de devoir tout porter à bout de bras, en plus de la tristesse de voir la santé de votre proche s’amenuiser de jour en jour, de devoir faire l’impasse sur vos soins personnels, sur votre vie sociale (qui pourtant serait un fameux ballon d’oxygène…) sur vos loisirs, en plus de devoir choisir entre le reste de votre famille et votre proche dépendant, vous vous sentez coupable de ne pas assurer partout. Parce que si vous tombez malade c’est de votre faute, parce que vous n’avez pas su anticiper, parce que si vous faites une dépression c’est de votre faute parce que vous n’avez pas mis votre masque à oxygène en premier….
    C’est tout de même paradoxal: les aidants sont plus entourés de soignants que n’importe qui et sont pourtant en plus mauvaise santé que les non aidants!!!
    Alors merci Respectauxaidants pour ce cri d’alarme. Souhaitons qu’il soit entendu par le plus grand nombre, mais quand on est déjà en train de s’asphyxier, les cris ne portent pas loin malheureusement.

    • Totalement d’accord avec vous Kataidante! Vous me permettez de reprendre votre réponse et de la poster sur un forum que vous connaissez bien ?

      • mais bien sûr Catherine 😉
        et on peut même ajouter que si nos cris d’aidants asphyxiés ne portent pas loin, peut-être ceux de plusieurs aidants ensemble seront-ils mieux entendus?
        souhaitons-le….

  2. J’ai trouvé ce texte très bien et l’analogie avec les masques à oxygène est très bien vue 🙂
    Donc oui, à partir de ce constat, il faut arriver à proposer des solutions de tombée automatique de masques à oxygène, ce serait superbe.
    Maintenant, comme il l’est souligné aussi très bien, le filet d’oxygène est tellement faible pour la grande majorité des aidants, c’est donc important aussi que les aidants soient prévenus de la faiblesse de fait du flot d’oxygène.
    En matière de santé, sans attendre que le masque à oxygène tombe, mais sous condition que nos frais de santé soient pris en compte par la Sécu, une bonne chose serait que nous puissions bénéficier d’examens de santé réguliers en liaison avec notre médecin traitant. J’avais écrit cet article en 2013: http://www.lexpress.fr/emploi/business-et-sens/c-est-a-nous-les-aidants-de-prendre-notre-sante-en-main_1276665.html

  3. Avec quelques amis aidants, nous allons essayer de proposer quelques idées. Je comprends certaines remarques comme quoi il ne faut pas "seulement" rester sur un constat que les choses ne vont pas. Proposer des solutions est sûrement possible, mais mon dieu, que c’est lourd de faire bouger l’indifférence active ou passive. 🙁

  4. "Alors c’est la panique totale qui nous gagne en réalisant qu’il n’y a pas de solution apportée…"

    je crois qu’on peut pas mieux dire.

  5. Les masques qui tombent (automatiquement), et qui sont d’ailleurs sans oxygène, c’est quand un aidant découvre la réalité des soit-disant aides ou l’absence de réelle compétence de ceux prompts à donner des conseils. C’est sans doute cruel comme jeu de mots sur cet article auquel j’adhère totalement, mais la véritable "tombée des masques", c’est quand l’aidant voit qu’on l’ a emmené sur une voie sans issue (sauf celle de devoir continuer seul).

    • princesserouge le

      Justement, les associations sont toujours prêtes à dire qu’elles vont aider, mais au moment d’aider, soit elles n’ont pas les moyens, soit elles ne font pas ce qui vous serait utile (genre baluchonnage et c’est qu’un exemple), soit elles vous expliquent que bien sûr il faut payer, et que pour payer il VOUS suffit de demander les aides et de faire d’abord les dossiers de demandes d’aides.

      • ce qui n’est pas bien compris par beaucoup d epersonnes, malheureusement, c’est que les aides financières qui nous sont proposées, c’est avec une participation de notre côté. Si nous ne sommes pas capables de payer notre part (ils appellent ça le ticket modérateur), dans ce cas aucune aide du tout n’ait accordée. Il y a des chiffres qui ne sont jamais donnés par le gouvernement, et celui du nombre de familles qui renoncent à l’APA en raison de la part à payer par la personne aidée (souvent la famille) serait un chiffre qui en dirait long. Quand on dit qu’il y a 700 000 personnes de 60 ans et plus qui bénéficient de l’APA à domicile, on devrait dire aussi combien de personnes de 60 ans et plus ont renoncé à l’aide APA après l’avoir demandée.

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