Faire POUR ? ou faire AVEC ?

15

Cette question est régulièrement posée par mes amis aidants, notamment quand nous parlons ensemble d’initiatives prises par des organisations ou entreprises destinées aux aidants. C’est une bonne question !

Je ne peux juger que ce que je connais, et mon domaine d’intervention est la formation. C’est comme cela que j’interviens auprès d’entreprises, leur directions des ressources humaines le plus souvent, pour proposer des réunions de sensibilisation de leurs salariés-aidants sur différents aspects rencontrés dans le « parcours d’aidant ». Ce qui m’interpelle, c’est l’attitude des interlocuteurs RH que je rencontre.

Aucun ne semble considérer que l’entreprise pourrait s’appuyer sur ses propres salariés-aidants pour animer et aider les « nouveaux » salariés-aidants. Ce qui m’interpelle, c’est le nombre de mes interlocuteurs RH qui m’expliquent qu’ils souhaitent que l’anonymat le plus strict des salariés-aidants soit préservé, afin de ne pas les « effrayer ».

Mais si justement, c’était tout le contraire ? Les aidants sont à même d’aider d’autres aidants, la confiance règne entre eux, donc chaque salarié-aidant au sein d’une entreprise –il y en a en moyenne entre 15 et 20% des effectifs – est susceptible d’apporter son soutien, sa propre expérience au « nouvel » arrivant !

Le sociologue Thierry Calvat a mis en avant les « talents » des aidants, leur aptitude à coordonner, résister à la pression, continuer à avancer même dans des situations extrêmement adverses, alors pourquoi ne pas considérer que les directions de ressources humaines auraient tout intérêt, pour elles comme pour l’ensemble des salariés, à déléguer aux salariés-aidants eux-mêmes l’animation et le soutien aux aidants parmi les salariés ?

Et sensibiliser les managers aux besoins des aidants lorsqu’il s’agit de concilier activité salariée et situation d’aidant ? Et alimenter le site intranet des ressources humaines pour donner les informations concrètes et utilisables par les aidants ?

Faire POUR montre chaque jour ses limites, faire AVEC n’a pas de limites. Faire AVEC, c’est écouter et faire confiance aux aidants pour savoir ce qu’ils considèrent le plus utile.
Robert S.

Partager

15 commentaires

  1. Très bon article, c’est la question clé que ce "Faire POUR, ou faire AVEC" 🙂
    Quelles sont les raisons pour lesquelles si peu de gens, d’organisations, d’associations adoptent le "Faire AVEC" et se plaignent (ou constatent) que le "Faire pour" en effet ne conduit nulle part, ou n’incite pas les aidants à utiliser ce qui leur est proposé.
    Une vraie question de FOND!

  2. Avec quelques amis aidants, nous commentions les chiffres annoncés par la plateforme Responsage dans un communiqué de presse récent, et il ressort de ces chiffres qu’en gros 1 salarié-aidant sur 10 utilise cette possibilité de plateforme de conseil qui est gratuite pour eux puisque payée par l’entreprise à laquelle ils appartiennent. Ces chiffres doivent nous interroger tous, car cela montre deux choses au moins:
    a) l’information ne passe pas, et il faut se demander pourquoi l’information ne passe pas dans une entreprise qui paie elle-même cette mise à disposition à l’égard de ses salariés ???
    b) l’information passe, mais le service rendu par cette plateforme ne convainc pas les salariés-aidants de son utilité. Ou les conditions d’accès au service n’est pas pratique pour les salariés. Quelles que soient les raisons, c’est dans ce cas une illustration du "Faire AVEC" qui est nécessaire.
    Finalement, qui perd dans cette histoire: l’entreprise et le salarié-aidant. L’entreprise parce qu’elle paie le service même s’il n’est pas utilisé. Le salarié-aidant qui n’a pas un service accessible ou utile selon lui.

    • Robert Salaison le

      Merci Joachim pour votre commentaire. D’ailleurs, si vous avez lu les commentaires de l’article écrit par Monsieur Calvat, il ne vous a sans doute pas échappé que je faisais partie de ceux qui ont laissé un commentaire.

  3. bonjour, j’ai bien aimé votre billet. Est ce que vous pourriez donner des exemples quand vous dites que, je cite, "Faire POUR montre chaque jour ses limites". Je ne sais pas trop à quoi ou a qui vous pensez.

    • Robert Salaison le

      Merci pour votre question et votre commentaire que je crois positif sur mon article. Concernant les limites que je vois au modèle du "Faire POUR", j’en vois deux preuves:
      a) tous les chiffres qui sont rendus publics sur l’usage par les salariés-aidants des services/initiatives proposées par les entreprises qui leur sont destinées, tous ces chiffres montrent une très faible utilisation. C’est de l’ordre de 1% à 10% des salariés-aidants. On peut attribuer ce très faible pourcentage au manque de communication, on peut aussi l’attribuer à l’insuffisante adaptation des services/initiatives aux besoins réels et prioritaires des aidants.
      b) il n’est pas une enquête sur les aidants qui ne donnent une présentation trompeuse ou tronquée de la réalité des aidants. Or je constate que les questions de ces enquêtes ne sont jamais labellisées "approuvées par notre panel d’aidants". Quant aux commentaires et analyses sur les "résultats" de ces enquêtes , c’est souvent une analyse partielle ou un contresens. Là aussi, cette habitude du "Faire POUR" empêche les acteurs de s’entourer d’un panel d’aidants crédibles.
      Certes, réunir en panel des aidants est un challenge, je l’admets volontiers, mais dès lors que ces acteurs et instituts de sondage n’hésitent pas à faire des enquêtes Internet, il va de soi pour moi que le panel d’aidants peut parfaitement être animé par internet tout autant!

  4. Voilà ce qu’on lit dans l’enquête Responsage:
    – Les salariés qui aident un parent âgé sont seuls face à leur problème : dans 86% des cas, ils n’ont pas contacté de structures de proximité type CLIC, CCAS ou réseaux gérontologiques car ils les méconnaissent. 95% n’en ont pas parlé à leur manager ou à la DRH.
    http://www.aidant.info/aidant-salarie-1999/etude-2015-sur-les-salaries-aidants-de-proches-ages-a36702.htm
    Si 95% des aidants qui ont appelé la plateforme Responsage sont des aidants qui n’ont jamais rien dit sur leur situation d’aidant à leur hiérarchie ou à leur DRH, c’est exactement ce que vous dites, ca prouve que la confiance n’y est pas.
    🙁

    • Bonjour Emilie,
      La différence des pourcentages s’explique peut-être en partie par le fait que:
      * l’enquête Macif -UNAF est menée en externe et que celle de Responsage l’est directement
      par cet organisme et peut peut-être fausser un peu la donne .
      Les 95% laisseraient supposer le bien-fondé de la plateforme d’écoute
      * Pour celle la Macif les salarié-aidants viennent de diverses entreprises alors que pour celle
      de Responsage, cela ne concernent que les salariés-aidants des entreprises avec qui cet organisme a passé des accords
      * le faible "échantillonnage" de ces deux enquêtes.
      Soit dit en passant, l’enquête de la
      Macif -UNAF est toujours active.

      • C’est sur que les deux enquêtes n’ont pas la même composition. Le 56% des salariés qui en ont parlé à leur hiérarchie est un chiffre assez proche de ce qu’on entend, 1 salarié sur 2 ne dit pas qu’il est aidant. Le 95% dans le cas de Responsage où les salariés n’en parlent pas à leur hiérarchie m’interroge beaucoup, beaucoup.
        Mais comme on connait pas la question posée par Responsage dans son enquête, c’est ainsi!

  5. Une autre question aussi:

    Dans l’enquête Macif sur les salariés-aidants, 56% des salariés-aidants disent qu’ils ont averti leur hiérarchie.

    Dans l’enquête Responsage, 95% des salariés-aidants disent ne pas en avoir parlé à leur hiérarchie.

    Qu’est qu’on peut déduire de ces deux chiffres si éloignés ???? Que les aidants qui appellent Responsage n’en sont pas encore à un point d’aide considérable pour leur proche, et donc qu’il s’agit plus d’appels à Responsage de nature préventive, commencer à explorer les solutions ?

  6. Sur un autre forum, on a pas mal parlé de cet article, et un aidant a dit qu’il ne fallait pas opposer "faire pour" ou "faire avec", et il a proposé de "Faire Pour Avec"".
    Comme j’ai l’esprit un peu contradictoire, je dis que malheureusement qu’à la fin, ce sont les aidants qui sont obligés de "Faire Avec" puisqu’on ne les écoute pas ou qu’on refuse de prendre en compte ce qu’ils disent… !!
    Merci pour tous ces billets d’humeur, j’avoue que je ne pensais pas au début à l’intérêt aussi fort que pourrait susciter ces formes d’appels à réaction! Un grand merci! 🙂

    • J’aime bien votre commentaire, Princesserouge! J’avoue que je n’avais pas pensé à cette autre signification du "faire AVEC", comme quoi la langue française est riche, et nos paroles peuvent être souvent prises dans un autre sens. J’en prends bonne note!

  7. Je suis responsable produits dans une compagnie d’assurance, et nous organisons dans notre société des séances destinées aux aidants parmi les collaborateurs. J’ai assisté à deux de ces séances, elles ont lieu à l’heure du déjeuner, et j’en ai gardé un souvenir mitigé. Ce n’est pas la qualité des intervenants, ils étaient deux et ont vraiment animé ces séances, mon souvenir mitigé est la manière dont les collègues aidants ont réagi, un peu comme si parce que c’est organisé par l’entreprise, ce n’est pas adapté. Il est impossible de faire une communication interne parfaite, mais quand je vois que seulement 18 personnes sont venues, je pense que l’entreprise n’est pas en cause, mais les aidants le sont. Tout le monde sait qu’il y a que des cas différents d’aidants, à commencer par la pathologie de l’aidé. Alors cela me semble voué à l’échec de demander aux aidants d’indiquer le thème qu’ils souhaiteraient aborder lors de ces réunions. Enfin, je souhaite préciser qu’un contrat d’assurance intégrant des aides aux aidants doit pouvoir s’appuyer sur des statistiques précises, or ces statistiques sur les aidants et les services qu’ils attendent n’existent pas. Tout ceci pour dire que le "Faire AVEC" les aidants me semble une belle idée A PRIORI, mais impossible concrètement à mettre en place au plan pratique.
    SM

    • Vous savez, 18 personnes c’est déjà pas mal! Tout dépend du nombre de salariés dans votre entreprise. Contrairement à vous, je pense qu’on peut et qu’il faut pousser les salariés-aidants à dire ce qu’ils souhaitent. Bien sûr, des thèmes lus difficiles mais qui intéressent réellement les aidants peuvent être alors demandés, mais c’est bien cela ce qu’il faut faire: proposer ce qui aide les aidants!
      A vous lire.

Votre commentaire

X