Penser à moi ?

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Penser à moi ? C’est ce que me disent les deux animatrices du groupe de parole quand je leur dis ce que je vis.

Penser à moi, je veux bien, mais le problème c’est que dès que je pense à moi, je déprime. Mon compagnon a tout juste 60 ans, il est depuis 1 an dans un établissement pour personnes âgées, dans l’unité qui prend soin des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Nous avions tenu deux ans à la maison avant que je me résolve à ce qu’il aille en établissement, c’est un soir après deux jours de formation en province quand je suis rentrée et que j’ai vu l’état de l’appartement, de l’urine dans les tiroirs ou des excréments par terre dans le couloir, alors j’ai compris que ce n’était plus possible.

Nous avons eu la chance de trouver presque immédiatement un établissement qui l’a accueilli, mais nous payons 3800 euros par mois. A ce rythme là, toutes ses économies seront épuisées dans 18 mois. Et après, je n’ai pas la moindre idée de ce que nous devrons faire. Mais je ne pense pas que l’établissement le gardera si nous ne payons pas. Je suis formatrice indépendante, mes contrats se réduisent, je peux même me retrouver avec insuffisamment de revenus rien que pour entretenir l’appartement que nous avons. Quand je vais le voir, je ne suis pas certain qu’il me reconnaisse.

L’autre jour, il se promenait dans un couloir, la main dans la main avec une autre pensionnaire. C’est un choc je vous l’assure de voir cela. Il m’a salué, mais je ne suis pas sûre qu’il m’ait reconnue. Si l’un de ses enfants ou l’un des miens va le voir, il ne les reconnait pas plus.

Notre petit-enfant qui vient tout juste de naître est une bouée de sauvetage pour moi face à ma déprime, mais quand je rentre dans l’appartement le soir, je suis seule à nouveau, pas de rires, pas d’échanges, personne, seule la vue de l’appartement avec tout ce qui n’a pas été fini lors de travaux entamés mais qui n’ont jamais pu être terminés. Je suis seule de mon côté, je pense à lui, mon compagnon de 16 ans, qui est seul dans son monde, là-bas.

Alors penser à moi comme me le conseillent les animatrices, je veux bien, mais je n’y arrive pas.

Morine58

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2 commentaires

  1. Morine, tu devrais adresser le texte que tu as écrit à ces deux animatrices du groupe de paroles, et leur dire qu’elles n’hésitent pas, qu’elles te répondent aussi ici sur le site.

  2. Bonjour Morine,
    Merci pour votre témoignage qui peut servir à d’autres .
    Voici ce que j’ai mis en commentaire au lien avec celui-ci sur un autre forum :
    "Pensez à vous" , voilà bien un conseil , comme un certains nombre d’autres ( aidants faîtes vous aider, faîtes si faîtes ça pour bien vieillir, pour rester le plus longtemps possible autonome etc….) qui flotte dans l’air du temps.
    Certes, en "théorie", ce peut être de bons conseils mais pour de multiples raisons ( financières, environnementales, familiales etc….) ils ne sont pas toujours applicables dans le quotidien .
    Alors, ne serait-il pas plus "utile" et moins "culpabilisant" que ce genre de conseils soient "plus nuancés " et moins "érigés" en " règles générales" alors que les suivre n’est pas du tout évident ?

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