Prends soin de toi

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Lorsque je me suis approché d’elle, elle m’a juste dit : « regarde » et elle m’a montré son genou, il avait triplé de volume. « J’ai des anti-inflammatoires à prendre, a-t-elle ajouté, mais je ne peux pas conduire, j’ai besoin que quelqu’un passe chez le pharmacien les chercher. »Je suis vite partie pour chercher son traitement. Après je me suis assise près d’elle pour parler avec elle, car la cruelle réalité du quotidien m’interpellait…

Mais, lui ai-je dit, comment fais tu pour t’occuper de ton mari avec ton genou malade ? Son mari a la maladie d’Alzheimer, avec de gros problèmes respiratoires en plus. Elle m’a dit qu’elle faisait tout à cloche-pied, et que pour descendre l’escalier (sa chambre est à l’étage) elle le faisait assise, marche par marche, sans prendre appui sur sa jambe malade. Et elle a rajouté en baissant les yeux : »tu comprends, je ne peux pas me permettre d’être malade »…

J’ai pris des nouvelles d’elle les jours suivants. Sa fille l’a emmené voir un médecin pour soigner son genou. Mais dans toutes les conversations téléphoniques que j’ai avec elle, elle ne me parle que de l’état de santé de son mari, et de l’évolution de la qu’on veille. On existe plus, ils ont pris toute la place. La maladie qui les ronge grignote aussi notre cerveau, il n’y a plus de place pour rien d’autre. On se lève avec Alzheimer, on mange Alzheimer, on se couche avec Alzheimer.

Pour d’autres c’est le cancer, l’AVC du conjoint. Même préoccupation, même lavage de cerveau. Et bien entendu, sur notre route, on rencontre des amis qui se trouvent malins de nous dire : « et surtout, prends soin de toi !! ». Quand j’entends ça j’ai des envies de meurtre. Je sais que seuls les aidants peuvent comprendre… Marie-Claude

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Ces mots de Marie-Claude me parlent personnellement et professionnellement. Je suis assistante sociale encore débutante (5ans de pratique) et je rencontre beaucoup de personnes comme son amie.
    De ce que je peux voir, je pense qu’on ne peut pas dire que rien n’est fait pour les aidants, mais par contre bien trop peu. Et souvent on prend en compte juste un bout du problème, alors que c’est tout un plan de soutien qu’il faudrait.
    Et puis le décalage entre ce que font les gouvernants et les réels besoins des aidants. Par exemple, le droit au répit qui est prévu : je ne dis pas que ce n’est pas bien, mais à mon avis (je me base sur les situations que je vois), il faudrait prévenir le burn-out, plutôt que d’accorder du répit quand on n’en peut plus ! et encore ce répit qui permet de payer des frais d’hébergement en structure, ne peut pas concerner tous les aidants. Pour les aidants de malades d’Alzheimer par exemple ok il y a des structures de répit. Mais il y a aussi toutes les autres maladies ou handicaps pour lesquels il n’est pas prévu de structures de répit. Et pourtant j’interviens par exemple auprès d’une personne qui a son mari atteint d’une maladie rare : elle s’en moque du droit au répit tel que prévu par la loi. Ce qu’il lui faudrait c’"est un vrai plan de soutien.
    J’espère n’être pas trop longue et trop confuse, mais j’avais envie de réagir à ce que dit Marie-Claude, car ça fait vraiment écho en moi.

    • Bonjour Anne-Sophie,
      Je voulais vous dire merci pour ce que vous avez dit. Souvent on a l’impression que les assistantes sociales ne sont plus capables de dire ce qu’elles pensent ou qu’elles laissent tomber tout parce qu’il y a pas assez de réponses aux attentes.
      Cela ne changera rien au fait que les aides resteront insuffisantes, mais ce que vous dites sera un bref moment de satisfaction pour les aidants qui vous liront. Merci du fond du coeur

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