« Salariés-aidants : les entreprises doivent faire le premier pas! »

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Bouche à oreille dans entreprise

 

Le phénomène des salariés-aidants s’impose aux entreprises, que ces dernières l’acceptent ou pas. Dans cet article, quatre aidants proposent des pistes « gagnant-gagnant » aux entreprises pour accompagner leurs salariés-aidants et diminuer l’impact estimé autour de 1500 euros par salarié-aidant par an en termes de baisse de productivité, absentéisme et remplacements.

1) Que les entreprises le veuillent ou non, le phénomène des salariés-aidants ne fera qu’augmenter
Enquêtes après enquêtes, les chiffres confirment que les salariés-aidants représentent entre 15 et 20% des salariés des entreprises, un total de 4 millions de salariés-aidants au total en France. En termes de moindre productivité, présentéisme, absences, temps partiel, démissions et remplacements, le coût pour les entreprises françaises peut être évalué aujourd’hui à 6 milliards d’euros par an (1). Un coût de 1500 euros en moyenne par salarié-aidant.

L’allongement de la durée de vie, le recul de l’âge de la retraite ne feront qu’augmenter ce coût pour les entreprises.

2) Quitte à ne pas pouvoir l’ignorer, les entreprises ont intérêt à être proactives et obtenir la confiance des salariés-aidants
C’est l’intérêt des entreprises d’adopter une approche « gagnant-gagnant ». « Gagnant » d’abord pour le salarié-aidant, mais qui le rendra ensuite à l’entreprise, donc « gagnant » pour l’entreprise. Dans les enquêtes américaines, 40% des aidants reconnaissent avoir des difficultés à faire leur travail dans les délais impartis, 33% disent avoir de grandes difficultés à se concentrer sur leur travail, 10% des aidants disent avoir renoncé à une promotion (2). D’où la nécessité pour les entreprises de faire le premier pas, montrer qu’elles sont avec leurs salariés-aidants, et gagner leur confiance (3). Il faut un véritable leadership de la part des dirigeants de l’entreprise, une culture crédible en faveur des salariés-aidants pour que ces derniers choisissent de s’identifier comme aidants sans peur d’effets négatifs.

3) La stratégie du « faire avec » : les salariés-aidants peuvent se voir confier de nombreuses missions, y compris celle de renseigner les autres collègues. C’est la république des pairs évoquée par Serge Guérin, et adaptée à l’univers de l’entreprise
La « république des pairs » évoquée par Serge Guérin dès 2014 consiste à s’appuyer sur le fait que les aidants se font confiance et écoutent les conseils échangés entre eux, partagent leurs expériences. D’où l’intérêt des entreprises à faire « AVEC » leurs salariés-aidants, en leur confiant différentes tâches d’information et de conseils au sein de l’entreprise pour les autres collègues. Le cas exemplaire étranger est la société Kimberley Clark (4) : un budget annuel est attribué à un groupe d’affinité interne composé de salariés-aidants, à charge pour ses membres d’informer et d’aider les autres salariés-aidants de l’entreprise. L’entreprise met aussi à disposition des salariés-aidants des experts en évaluation des besoins d’aides des proches. Le « faire avec » consiste aussi à amener les salariés-aidants à proposer leurs propres idées d’aménagements de leur poste ou de leurs horaires(5).

4) Comment les entreprises peuvent faire le premier pas
C’est l’intérêt des entreprises de faire le premier pas vers leurs salariés. Il y a de nombreux « premiers pas » possibles (6) ! Le tout est de commencer par UN premier pas ! Voici trois exemples de « premiers pas » qui pourraient amener un salarié-aidant à avoir confiance et favoriser un bouche à oreille positif entre salariés au sein de l’entreprise:
. la sensibilisation des managers au phénomène des salariés-aidants, à leur rôle clé pour aider le membre de leur équipe qui est en situation d’aidant(7) ;
. une politique intensive de communication interne sur l’information mise à disposition des salariés-aidants et son accessibilité, la mise en avant des expériences réussies d’adaptation des temps de travail ou des modalités de travail, ou encore des aides apportées par l’entreprise à ses salariés-aidant ;
. le rôle proactif confié aux Directions des Ressources Humaines pour aider les salariés-aidants, le renforcement de l’autonomie des responsables directs à prendre des mesures en faveur de l’aménagement du temps de travail d’un collaborateur aidant (8).

5) Les PME et les TPE pourraient s’appuyer sur des formes de mutualisation locales mises à leur disposition

Les PME, et encore plus les TPE, ne disposent pas des moyens nécessaires au suivi de l’actualité concernant les aidants, à l’information de leurs propres salariés-aidants, et font face aux difficultés d’adaptation de l’organisation pour répondre aux absences des salariés-aidants. A défaut d’une réponse simple sur le point de l’organisation, le suivi de l’actualité, l’information et les conseils nécessaires aux salariés-aidants se prêtent en revanche parfaitement à la mutualisation locale. Institutions de prévoyance, caisses de retraite, mutuelles et assureurs santé ont à ce titre une opportunité de différenciation en intégrant dans leurs services aux entreprises ces informations et conseils nécessaires aux aidants. Dommage que tien de tel ne soit encore proposé aux PME et TPE.
Un groupe d’Aidants contributeur : Robert S., Jean-François, aidants et intervenants en entreprises auprès de salariés-aidants, Thérèse, Respectauxaidants, salariée-aidante

(1) Par transposition des chiffres constatés dans d’autres pays : aux Etats-Unis, le coût annuel pour les entreprises est évalué à 38 milliards de $, un coût de1727$ par salarié-aidant ; au Canada, le coût pour les entreprises est évalué à 5,5 milliards de $ canadien chaque année, un coût de 1969$ par salarié-aidant ; en Angleterre, le coût annuel pour les entreprises est évalué à 3,5 milliards de £, un coût de 1166£ par salarié-aidant.
(2) Enquête Ceridian, 2015, http://www.ceridian.com/about-us/news-r … act-2.html
(3) L’enquête présentée par la Macif en octobre 2015 montre que plus de 50% des salariés-aidants pensent que se déclarer aidant au sein de leur entreprise peut leur nuire.
(4) http://www.lexpress.fr/emploi/business- … 49862.html
(5) http://www.aidant.info/membre.php?mod=a … t&id=32052
(6) http://www.aidant.info/aidant-salarie-1 … a32734.htm
(7) L’enquête 2015 Ceridian montre que seulement 12% des salariés-aidants interrogés ont obtenu par leur responsable direct les informations sur les aides apportées au sein de l’entreprise et les liens extérieurs utiles
(8) la « charte du salarié-aidant en entreprise » http://www.capgeris.com/aidants-et-aide … a30958.htm

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7 commentaires

  1. Il y a un aspect qui manque cruellement, selon moi: la confiance que les salariés accordent tant à leur responsable direct qu’à leur DRH… je vois mal les entreprises changer leur mode de communication et leur attitude vis-à-vis de leurs salariés. Elles n’auront pas de répondant important quand elles proposeront des aides à leurs salariés aidants, et justifieront ensuite de ne rien faire vu le faible usage des salariés-aidants de ce qu’elles auront mis à disposition.
    Quant à l’exemple où la société a confié à des aidants le soin d’animer et de conseiller les autres aidants dans l’entreprise, c’est beau, il n’y a pas photo, mais j’aimerais voir justement combien d’entreprises françaises feraient ça avec les aidants ???

  2. 5ème roue du carosse le

    Est ce qu’il existe des chiffres en France sur la "confiance" justement des salariés vis-à-vis de leurs entreprises ? de leurs dirigeants ou responsables directs ? Il n’y a NULLE PART des articles de salariés-aidants qui disent le bien que leur a apporté l’entreprise quand ils ont dit qu’ils étaient aidants ? Les aidants ne sont pas des gens qui font de l apub limite. Quand ils disent que qlq chose est bien pour les autres aidants, c’est que c’est bien. La confiance entre aidants, ça existe et ça rapporte gros (pour plagier Serge Guérin)

    • La confiance entre aidants, ça existe…et ça peut rapporter gros aux entreprises qui sauraient favoriser les initiatives internes de leurs salariés-aidants.
      Pour sûr 🙂

    • si la question de "confiance " ne se pose pas ou en tout cas très peu entres ‘pairs" parce que les "pairs "
      vivent des situations similaires, il me semble qu’il est autrement dans les relations individuelles, qu’elles soient de travail ou autres, qui ne sont pas d’égale à égale .
      C’est là où me semble t-il la dimension collective de défense des intérêts des " personnes concernées", là en l’occurrence des aidants-salariés peut prendre tout son sens.
      Il me semble qu’il faut effectivement essayer de convaincre les RH et les entreprises mais aussi, en tout cas,
      en France, les partenaires sociaux du bien fondé de la prise en compte des aidants-salariés dans le management et la législation du travail.
      Soit dit en passant, il en va de même, même si les modalités sont différentes, pour la prise en compte des "aidants" dans les services d’aide à domicile et dans les établissements.

      • Oui Catelyne, tu as raison de dire qu’il en est de même sur tous les autres aspcts, comme les ehpad, comme les associations d’aides à domicile, etc. Ceque je ne comprends pas, c’est pourquoi les associations d’aidants ne font pas plus entendre leurs voix… ou alors, ces associations d’aidants ne voient pas la même chose que nous.

    • Bonne remarque, les salariés-aidants ne se précipitent pas pour écrire des articles ou témoigner des actions et aides apportées par leur entreprise. A méditer !

  3. Il y a un excellent article que vient d’écrire Serge Guérin sur les salariés-aidants et l’obligation des entreprises à reconnaitre et accompagner ce phénomène.
    http://www.senioractu.com/Salaries-aidants-un-enjeu-pour-les-entreprises-par-Serge-Guerin_a18725.html
    En lisant cet article, un "grand absent" m’a frappé: les syndicats, les représentants du personnel. Les syndicats seraient encore plus en retraits que les entreprises ???

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