Sécurité, peur de tomber, jusqu’à attacher ? Contention : quand tu nous tiens

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Quand son proche se fragilise, qu’il est désorienté, qu’il risque de glisser, de tomber, de se perdre… Les proches aidants cherchent à le protéger.
Difficile de résister à sa sécurisation extrême, jusque l’attacher, l’enfermer…

Les risques de la contention

On pense qu’elle va aider, protéger et en fait la contrainte au fauteuil (attaches), au lit (barrières, draps, grenouillères) entraîne aussi des risques de chutes par volonté de partir, par fragilisation des membres immobilisés.

Elle provoque aussi une aggravation de la perte de l’estime de soi. Sans parler des contentions médicamenteuses qui semblent calmer mais augmentent les risques de désorientation, de chutes…
Supporter le risque

« Les familles nous confient leurs proches qu’elles ne peuvent plus accompagner », explique Blandine Delfosse, infirmière coordinatrice et présidente de la FFIDEC (Fédération française des infirmières diplômées d’états coordinatrices). « Elles supportent difficilement que les professionnels prennent des risques à leurs yeux. On parle alors de défaut de surveillance, prise de risque inconsidérée… ».

« C’est le sujet le plus complexe à aborder avec les proches », insiste le Dr Didier Armaingaud, directeur médical, éthique et qualité du groupe Korian, « il nous faut expliquer le prendre soin proposé, les alternatives, les accompagnements. Nous suivons les recommandations officielles de la Haute autorité de santé, qui tendent toutes vers le fait que la contention doit être évaluée, prescrite médicalement pour un temps limitée, réévaluée. Bref elle doit être une exception ».
Liberté de la personne concernée

Pas toujours facile pour les familles, les proches, d’admettre cette conciliation entre droit à la liberté d’aller et venir et droit à la sécurité, qui est une obligation de moyen, et non de résultat, renchérit Elodie Jean, avocat spécialisée dans les structures médico-sociales.

La responsabilité des professionnels en matière, notamment, de décision de contention, ne se délègue pas (à la famille, aux proches …). Elle repose sur une démarche structurée de l’évaluation des bénéfices/risques, à l’information, la recherche de consentement, la communication, l’accompagnement, la réévaluation…toutes ces étapes étant tracées dans le dossier de la personne.

Ces écrits professionnels permettent d’assurer une continuité de l’accompagnement au sein de l’équipe pluriprofessionnelles, de prévenir, comprendre et travailler le cas échéant, les refus de soins ou d’accompagnement, et constitueront également, à titre accessoire, de précieux éléments de preuve en cas de réclamation ou de contentieux.

Le consentement de la personne doit systématiquement être recherché, dans le respect des dispositions relatives au consentement ou au refus de soins … mais aussi parce que cela constitue un paramètre de sécurité pour la personne, et doit donc être intégré à l’analyse bénéfices / risques : une contention refusée par l’intéressé pourra en effet être génératrice de risques pour la personne qui tentera de la contourner.

La communication au résident et à ses proches sur les principes, les valeurs, les propositions de la structure est indispensable, avant l’accueil, à l’arrivée, dès qu’une question se pose, afin de prévenir les difficultés, incompréhensions ou désaccords.

Et si l’enjeu était la sécurité affective de son proche ?

Pour José Polard, psychologue, psychanalyste, psychothérapeute, co-auteur de « Vieillir en huis clos » et créateur du think tank Ehpad’côté, entre le sentiment d’abandon et la surprotection, se joue aussi le besoin de rassurance, de présence compétente, chaleureuse, pour la sécurité affective de ces situations complexes liées à la désorientation, la fin de vie notamment.

Il est nécessaire de se poser régulièrement pour interroger les pratiques, avec le regard des personnes directement concernées, de leurs proches, des professionnels au contact.

A la société civile d’investir aussi ces lieux, de s’intéresser à ces questions complexes comme la restriction des libertés, de quel droit ? (Source agevillage.com)

Annie de Vivie

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