Vous avez dit « tous les aidants » auront droit à un répit ?

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BH JP

– Tu as vu, c’est vrai que tous les aidants auront un droit à répit avec la nouvelle loi ? 8,3 millions d’aidants vont être contents !
– Non, pas vraiment TOUS les aidants
– ???
– Pas tous les aidants, parce que la loi ne s’appliquera qu’aux personnes dépendantes qui ont 60 ans ou plus, et leurs aidant. Il y a 4,3 millions d’aidants qui prennent soin d’un proche de 60 ans et plus…
– Donc 4 millions pourront quand même avoir droit à du répit?
– Non plus, parce qu’il s’agira que de l’aidant d’un proche DEJA bénéficiaire de l’APA à domicile, donc il y en a en tout 720000 actuellement…
– Que 720 000 ont l’APA? sur les 4 millions?
– Oui. Mais ce n’est pas tout… La loi dit que les équipes de l’APA feront une évaluation de la personne qui a l’APA, et verront si l’aidant a droit à un répit…
– Elles verront si l’aidant a droit à un répit ? Mais je croyais que la loi reconnaissait justement d’office ce droit à répit ?
– Et bien non en fait, la loi ne reconnait un droit à répit que dans des situations par exemple où l’aidant ne peut pas être remplacé du tout et que le proche dont il s’occupe nécessite une supervision constante ou quasi-constante… Le nombre des personnes demandant une supervision constante ou quasi-constante est au plus de 150 000, ce sont les personnes classées en GIR1 et en GIR2
– Donc là 150 000 aidants pourront avoir ce répit ?
– Non, parce qu’il y a la « précision » que l’aidant ne doit pas pouvoir être remplacé, cela veut sans doute dire que si un frère ou une sœur de l’aidant habite près aussi, l’équipe de l’APA pourra considérer que cet aidant peut être remplacé
– ??? Mais on sait tous comment cela se passe dans les familles, il y en a un qui est l’aidant, parce que personne d’autre ne veut bouger le petit doigt et aider
– Oui, nous on le sait bien, mais va expliquer à l’équipe APA qu’il y a de la zizanie dans la famille…
– Alors ça pourrait être moins que 150 000 aidants ?
– C’est quasiment certain, ils vont prendre en premier les cas de dépendance les plus forts, c’est-à-dire tous les bénéficiaires qui sont au plafond de l’APA dans les GIR1 et GIR2, et dans ce cas, au mieux, il y en a 50 000, sur lesquels les équipes vont juger si VRAIMENT l’aidant ne peut pas du tout être remplacé. Imagine que dans 2 cas sur 3, l’équipe APA trouve que l’aidant peut être remplacé, et on tombe à 16 000 aidants qui pourront bénéficier de ce « fameux » droit à répit ! Et je peux encore continuer à diminuer !!!
– ??? Tu vas encore descendre le nombre des aidants ???
– Oui, je peux continuer à descendre, parce qu’il faudra que la personne bénéficiaire de l’APA ait vu sa situation réévaluée par l’équipe APA et que ce droit à répit soit écrit dans le plan d’aide qui aura été refait. Or même si la loi est mise en application dès le 1er janvier 2016, il faudra du temps pour que les équipes soient formées à cette nouvelle approche, notamment le droit à répit, et on peut très bien se retrouver avec 10 000 aidants seulement qui auront pu bénéficier en 2016 de ce droit. De 8,3 millions on passe comme ça à 10 000 en 2016 !

Jean-Pierre

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5 commentaires

  1. C’est quelqu’un d’autre qui avait dit "entre tristesse et frustration". C’est bien cela qu’on ressent quand on lit ce billet. On ne saura sans doute pas avant mi 2017 combien d’aidants auront bénéficié d’un droit à répit en 2016, et pendant ce temps là, les ministres mettront en avant le fait qu’elles ont innové avec ce nouveau "droit". Honteux et irrespectueux à l’égard des aidants. 🙁

  2. Merci d’avoir mis cet édito d’un aidant en avant 🙂
    Avec des amis aidants, on se disait que le pas suivant, c’est que des associations d’aidants ou des associations de patients mettent la pression sur la publication par la CNSA des chiffres attendus avec cette initiative utile du droit à répit. On se dit que forcément, la ministre a les chiffres puisqu’un budget a été assigné pour ca. Personnellement, le chiffre de 10000 aidants qui bénéficieraient du droit à répit en 2016, je ne sais pas s’il est bon ou pas, mais ce qui est certain, c’est qu’on joue trop sur les mots dans le discours officiel. Ce sera pas TOUS les aidants, c’est sûr.

  3. Les politiques savent très bien les chiffres attendus. C’est cela qui est honteux et irrespectueux. La question que je me pose: les associations d’aidants, elles ne disent rien ? ou elles sont réduites au silence pour d’autres impératifs?

  4. Le vote sera sans doute plus tard dans la nuit le 15 septembre, car la séance de l’après-midi a été changée pour écouter la déclaration du gouvernement sur les survols de la Syrie. L’examen de la loi ne commencera qu’après le débat sur la déclaration du gouvernement…

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