• 05 DÉC 16
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    L’aide aux salariés aidants

    Un salarié sur cinq accompagne un proche âgé, malade ou handicapé. En 2030, un quart des salariés seront des aidants familiaux.

    Les salariés aidants questionnent la responsabilité familiale, sociale et économique. Ils concrétisent les effets du vieillissement de la population et les problématiques de risques psychosociaux.

    Mais ils constituent aussi un formidable gisement d’innovations sociales et RH.

    Picto BH SA

    La remise du 1er Prix Entreprise et Salariés Aidants qui s’est tenue le 29 novembre au Ministère des Affaires Sociales et de la Santé a été l’occasion de mettre en lumière les enjeux que révèlent la question des salariés aidants et les solutions innovantes apportées par les organisations et leurs salariés.

     

    Salariés aidants, Qualité de Vie au Travail et performance économique : des liens établis

     

     

    • 72% des salariés aidants interrogés considèrent que l’accompagnement de leur proche a une incidence négative sur leur concentration et leur efficacité au travail (1)
    • 90% des salariés aidants interrogés évoquent stress, anxiété, fatigue et troubles physiologiques (1)
    • 39% des aidants estiment manquer de temps pour conjuguer des contraintes et temporalités différentes liées au travail d’une part et au rythme de la personne prise en charge et démarches nécessaires à faire pour elle d’autre part
    • 26% des salariés aidants ont dû s’absenter en dehors de leurs congés payés, ce qui correspond à une moyenne de 16 jours d’absence par an impliquant parfois une perte de revenus (2)
    • 16% des aidants ont changé de nature de travail (de poste, d’emploi, d’employeur) pour pouvoir s’occuper d’un proche en perte d’autonomie (3)
    • 40% des aidants finissent par avoir des affections longue-durée

    Ces situations difficiles sont également très culpabilisantes pour les salariés aidants, écartelés entre leur situation familiale et leur travail.

    Parallèlement, le coût pour les entreprises françaises en termes de moindre productivité, de présentéisme, d’absence, de temps partiel, de démissions, et de remplacements peut être évalué aujourd’hui à 6 milliards d’euros.

    Ainsi, dans un contexte où le concept de Qualité de Vie au Travail interroge de plus en plus fortement le management des entreprises, la prise en compte des salariés aidant quotidiennement un proche âgé, malade ou handicapé se présente comme un enjeu incontournable pour l’avenir.

    « Devoir accompagner un proche en perte d’autonomie est une triple peine, a indiqué Joël Jaouen, Président de France Alzheimer. Il y a d’abord la peine du diagnostic, puis celle de l’épuisement, et enfin la peine financière. »

    Aider les aidants à reconnaître leur statut

    On pourrait rajouter aux trois peines évoquées plus haut celle de l’isolement.

    En effet, les aidants s’identifient par le lien qui les lient à la personne dont ils prennent soin (Je suis le fils, la fille, le frère, la nièce de…), mais jamais comme un « aidant ».

    Il y a une certaine pudeur à évoquer sa situation, notamment dans le cadre du travail. Si l’on parle sans problème de la « gastro » de son enfant, on a beaucoup plus de mal à parler de la démence de son parent par peur de discrimination. Rappelons à ce titre que la majorité des aidants sont des femmes dont la plupart ont déjà subi des discriminations salariales et en termes d’évolution professionnelle du fait de leur genre et de leur statut de mère.

    Il n’est donc pas étonnant que  :

    • 87% des salariés aidants n’ont pas fait part de leur situation à leurs interlocuteurs « naturels » : managers, responsables ressources humaines, assistante sociale, médecin du travail…(4)
    • 86% n’ont pas contacté les services publics ou associatifs dédiés au sujet : CLIC, Conseil Général, Département (4)

    Dans ce contexte, une des premières mesures nécessaires semble être d’aider les aidants à s’identifier comme tels. Cette mission très délicate peut se faire par des campagnes de sensibilisation et de communication menées par les pouvoirs publiques ou les organisations en interne, mais aussi par la détection des signaux faibles de la part des managers de proximité ou RH de l’entreprise.

    Des réponses co-construites

    Une fois que l’aidant a été identifié, toute la difficulté consiste à lui proposer l’aide adéquate, chaque situation étant très différente.

    Force est de constater qu’il existe déjà de nombreux dispositifs mis en place par les pouvoirs publics, les assurances, les mutuelles, les associations et les entreprises…mais la multiplicité des dispositifs et la spécificité des situations fait qu’il est parfois difficile de faire se rencontrer l’offre et la demande.

    Face à une question de société où les frontières entre les sphères professionnelle et privée sont de plus en plus floues, la prise en charge ne peut être qu’une solution co-construite avec une mutualisation des coûts dans laquelle entreprises et salariés ont un rôle à jouer.

    « On pose toujours la question des coûts mais jamais celle de la non-qualité, a indiqué Marie-Anne Montchamp, Ancien Ministre et Présidente d’Entreprises et Handicap. »

     

    Une créativité génératrice de solidarité et de performance

    Ainsi, plusieurs entreprises ont développé des solutions que nous avons synthétisées ci-après :

    • Conciliation des temps professionnels et privés : mise en place d’horaires décalés, télétravail, comptes de jours de congés solidaires permettant à des salariés de donner des jours de congés qui sont ensuite redistribués par l’entreprise aux aidants…
    • Services d’accompagnement : prestations de loisir, sport et vacances pour soulager le quotidien, mise en place d’un certificat permettant d’octroyer une demi part fiscale en plus à la personne aidante, mise en place de hot line d’accompagnement psychologique et social
    • Recours à des prestataires spécialisés pour des prestations de service à la personne, du baluchonnage (relais de tiers aidants au domicile de la personne aidée), l’aménagement du domicile, des prestations d’organisation du temps, la réalisation d’une feuille de route pour chaque cas particulier…Source: wonderfoodjob.com

    Sources :

    • (1) Etude nationale France Alzheimer 2016
    • (2) Panel National des Aidants BVA Fondation Novartis
    • (3) Enquête Handicap santé sur les aidants informels -2008
    • (4) Baromètre Responsage 2015

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