Salarié-Aidants : le naufrage du « congé de proche aidant »

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Dépendance : le naufrage du congé pour les aidants

A l’occasion de la journée nationale des personnes âgées, L’Express revient sur le flop du congé pour les aidants.

C’est un congé encore méconnu de nombreux Français. Pourtant, plusieurs millions d’entre eux pourraient y prétendre. Entré en vigueur le 1er janvier 2017 et contenu dans la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement (ASV), « le congé de proche aidant » vise à octroyer un « droit au répit » à ces « aidants » salariés, qui s’occupent d’un proche dépendant de façon régulière.

A en croire les données de l’association Alzheimer France, l’Hexagone compte 8,3 millions de ces bénévoles, dont la grande majorité sont des femmes et la moitié auraient en charge une personne âgée de 60 ans ou plus. Et autant d’aidants, quatre millions, occuperaient toujours un emploi et pourraient donc, a priori, bénéficier de ce congé qui s’adresse aux personnes salariées uniquement et remplace depuis plus d’un an le « congé de soutien familial ».

Il « doit être motivé par une aide apportée à un proche en situation de handicap (avec une incapacité permanente d’au moins 80 %) ou un proche âgé et en perte d’autonomie », détaille sur son site le ministère du Travail.

Largement méconnu et non rémunéré

Dans les faits, difficile de trouver un exemple d’aidant qui en aurait bénéficié et aucun des organismes et ministères contactés par L’Express n’a été en mesure de fournir de données chiffrées. Et pour cause, cette mesure comporte un frein majeur : aucune rémunération n’est prévue.

« Quand une personne, pleine d’espoir, nous sollicite pour connaître les modalités de ce congé, ce qui est déjà rare car il est encore largement méconnu, elle déchante vite, quand elle découvre qu’il est sans solde », relate auprès de L’Express Pascal Jannot, le président fondateur de La Maison des Aidants. Il réclame une « vraie reconnaissance des aidants, qui passerait par une rémunération de ce congé ».

Actuellement, la seule possibilité de rémunération de l’aidant en congé est de toucher une partie de l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa) ou la prestation de compensation du handicap (PCH), de la personne aidée. Mais les conditions sont très strictes. Résultat, parmi les personnes qui ont sollicité La Maison des Aidants, Pascal Jannot assure qu’aucune n’a finalement demandé ce congé.

Même constatation du côté de l’association française des Aidants. « Le plus gros frein, c’est que ce congé n’est pas indemnisé », abonde Aurélie Matignon, responsable du Pôle Accompagnement des aidants. Elle pointe également d’autres écueils. « D’abord, ce congé est très peu connu, et puis parler de son statut d’aidant à son employeur est encore très tabou et trop délicat pour de nombreuses personnes ».

« Un grande majorité des responsables des ressources humaines ne sont pas au courant du statut d’aidant de leurs collaborateurs », renchérit Pascal Jannot.

Un statut d’aidant caché aux employeurs

Et les employeurs manquent d’informations. « Aujourd’hui on peut compter sur les doigts des deux mains le nombre d’entreprises qui ont mis en place une information à ce sujet pour leurs salariés », ajoute-t-il.

Ce congé, que l’employeur ne peut refuser, ne s’adresse qu’aux aidants salariés qui peuvent prouver au minimum d’un an d’ancienneté et doit leur permettre de s’arrêter sur une période maximum de trois mois, renouvelable jusqu’à atteindre un an au total. Un accord collectif d’entreprise ou de branche peut néanmoins fixer une durée plus longue.

Selon un sondage Malakoff Mederik, 21% des aidants ont choisi de cacher leur situation à leur employeur afin de ne pas renvoyer l’image d’un salarié moins impliqué dans leur travail. Et seules 31% des entreprises interrogées se disent capables d’estimer le nombre de salariés aidants qu’elles emploient.

Pourtant, le quotidien de ces employés est largement alourdi par l’aide qu’ils apportent à leurs proches. Pascal Jannot évoque une journée type, qui « commence avec une nuit compliquée au chevet de la personne aidée, puis une journée au bureau, lors de laquelle ils coordonnent l’arrivée des soignants auprès d’elle et font des recherches d’informations pour l’aider au mieux, puis un retour à son chevet. »

Résultat, les aidants s’arrangent comment ils peuvent pour se rendre disponibles, notamment en posant des jours de congé et, quand leur solde est dépassé, des arrêts maladie. « Le basculement de l’autonomie à la dépendance des proches laisse entrevoir une masse de difficultés à résoudre. Alors aujourd’hui, les aidants se débrouillent avec une forme de bricolage, en faisant des demandes de temps partiel ou d’aménagement du temps de travail. Et puis, on sait qu’un salarié aidant va s’arrêter en moyenne 16 jours de plus qu’un salarié lambda », explique Pascal Jannot.

Des congés maladie plus fréquents

« On est face à une réalité. Les aidants se mettent plus souvent en arrêt maladie, ce qui reste malheureusement leur seule option pour le moment », confirme Aurélie Matignon, de l’association française des Aidants. Ce qu’atteste l’étude de Malakoff Mederik, publiée en 2016. La moitié des aidants salariés interrogés ont indiqué avoir recours à leurs RTT et congés payés pour passer plus de temps avec leur proche, 30% ont choisi un temps partiel, 23% ont dit réussir s’arranger avec des collègues pour pourvoir s’absenter et 13% ont réussi à bénéficier d’un arrêt de travail.

En avril, 49 associations représentant des familles de personnes âgées et handicapées, qui critiquent ce « congé de proche aidant », « ni fractionnable, ni rémunéré », ont publié une lettre ouverte à Emmanuel Macron, afin qu’il soutienne une proposition de directive européenne visant à l’améliorer. Parmi les mesures de cette directive figure l’instauration de cinq jours de congés annuels, pour s’occuper d’un proche dépendant. Le gouvernement, qui a mis en place ce lundi et jusqu’à la fin 2019 une « concertation », avant l’écriture d’une loi sur le financement de la dépendance, devrait notamment réfléchir à cette question.

Source : l’express.fr – Droit au répit – Par Iris Peron

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